Sur les lignes de front : Édition urgence

23 avril 2020

 

La Dre Joanna Bostwick œuvre à l’urgence de l’Hôpital Montfort depuis sept ans. Il s’agit d’une leader chevronnée qui, malgré son doux tempérament et son cœur compatissant, possède la capacité d'apprivoiser les émotions les plus envahissantes et de surmonter les plus grands défis.

Accompagnée de son partenaire de vie, elle est grimpée au sommet du Kilimandjaro, la plus haute montagne d'Afrique, il y a quelques mois à peine, dans le cadre d'une collecte de fonds au profit de Montfort. Aujourd'hui, au cœur d'une crise sanitaire mondiale, elle nous donne un aperçu de l’urgence, où elle et ses collègues travaillent avec acharnement pour sauver la vie de leurs patients — nos êtres chers.

Après la semaine de relâche du mois de mars, quand tout a commencé à fermer, je me suis un peu inquiétée. Mais à l’urgence, où les choses sont mouvementées tous les jours, mes collègues et moi n'avons pas vraiment eu le temps de digérer ce qui se passait. On s’est plutôt retrouvés à passer rapidement à l'action pour aider ceux dans le besoin.

Pour nous, c'est une question de sécurité — la nôtre et celle de nos collègues et de nos patients. Comme on est les premiers à consulter les patients qui se présentent à l’urgence, il est essentiel pour nous de demeurer extrêmement vigilants dans tout ce qu’on accomplit. 

L'une des premières choses qu’on a fait pour affronter la crise au Service d’urgence a été de créer un sous-comité COVID-19, composé d’urgentologues, d'infirmières et de leaders administratifs. Des réunions de groupe régulières nous ont permis d'évaluer efficacement la situation : Quels sont les symptômes du coronavirus? Qui doit être testé? Comment pouvons-nous nous protéger? Comment pouvons-nous le mieux intervenir à l’aide de procédures qui sauvent des vies? Comment optimiser les ressources de l'hôpital?

Ça nous a permis de mieux anticiper les besoins, ce qui nous a amené à réorganiser complètement notre espace physique. En changeant la disposition de l’urgence, nous avons pu créer ce que nous appelons une « zone critique », pour faciliter le traitement des patients soupçonnés d'avoir été infectés par le virus. Ça nous a également permis d'éviter la propagation de la COVID à d'autres patients à l’urgence et de faciliter la prise en charge des patients se présentant en état de détresse respiratoire.

Une autre chose qu’on fait régulièrement est de tenir des simulations d'équipe. Comme les protocoles changent en fonction de l'évolution de la situation, les simulations sont un excellent moyen d'informer notre personnel sur la façon d'utiliser correctement l'équipement de protection individuelle (ÉPI), de pratiquer la réanimation cardio-pulmonaire en toute sécurité et d'intuber les patients en détresse cardiaque et respiratoire. Comme nous devons toujours changer de protection entre chaque patient, les simulations nous aident à rester vigilants et à augmenter notre efficacité pour enfiler le bon ÉPI. Non seulement elles ont été extrêmement utiles, mais elles sont devenues un élément crucial de notre préparation mentale en plus d’améliorer notre travail d'équipe.
 

La Dre Joanna Bostwick et ses collègues lors d'une simulation d'équipe
 

En très peu de temps, on a dû adapter notre façon de pratiquer la médecine. En assimilant rapidement les nouvelles informations et en réorganisant notre environnement de travail, on réussit à fournir des soins sécuritaires aux patients infectés ainsi qu’à ceux qui ont besoin d'un respirateur.

Lorsqu’on a appris il y a quelques semaines que certains membres du personnel de Montfort avaient contracté le virus, ce fut un choc. En tant que travailleurs de première ligne, on connait tous les mesures et précautions exceptionnelles qu’on doit prendre pour assurer notre sécurité. On est si profondément engagé à suivre chacune d'entre elles qu'il peut être difficile d'accepter que certains d'entre nous deviennent quand même infectés, malgré tous nos efforts.

Une chose est certaine, aucune quantité d'ÉPI ne peut nous protéger de l'inquiétude, du stress et de l'anxiété. On se sent vulnérables chaque fois qu’on est confrontés à cet adversaire invisible et mortel, mais on sait qu’on ne peut pas se permettre de baisser notre garde, même pas pour une minute.

Lorsqu'on vous dit qu'un patient dont vous vous êtes récemment occupé a testé positif au virus et qu'on vous demande si vous portiez la protection adéquate lorsque vous l'avez soigné, ça peut être très déconcertant. Dans quelques cas, j'ai été en contact avec des voyageurs de retour de l'étranger qui ont testés positifs deux semaines après leur visite à l’urgence. Heureusement, dans ces cas-là, je portais l'ÉPI approprié et j'avais pris toutes les précautions puisque nos diligentes infirmières au triage avaient identifié et immédiatement isolé les patients.

Au cours du mois dernier, certains de mes collègues urgentologues ont développé des symptômes qui imitaient ceux du coronavirus. Heureusement, ils ont tous testés négatif. Outre les doutes et l'anxiété que ce genre de situation suscite au sein de l'équipe, ça nous indique également que notre système de triage et nos protocoles d'isolement ont été efficaces jusqu'à présent.

Malgré qu’on le sache bien, on craint toujours de mettre en danger la santé de notre propre famille. Lorsqu’on rentre chez nous après avoir travaillé avec des patients potentiellement infectés, on sait très bien qu'il y a toujours une chance qu’on ait ramené cette dangereuse infection virale à la maison.

Bien qu’on soit constamment hanté par les réalités de la COVID, c'est aussi ce qui nous maintient alertes et qui nous assure qu’on ne néglige pas les mesures mises en place pour nous protéger.

Malgré que la crise ait été difficile à surmonter jusqu'à présent, ça me réconforte lorsque je regarde autour de moi et que je vois les visages de mes collègues — les visages de la bravoure et de la persévérance.

Je suis impressionnée et incroyablement fière de la façon dont le personnel de l’urgence s'est mobilisé et a pris des mesures pour lutter contre cette maladie. Nous avons tous été proactifs, consciencieux, coopératifs et extrêmement courageux. Et c'est exactement ce dont nos patients et leur famille ont besoin de nous.

Alors que nous continuons à compter les uns sur les autres pour vaincre cette pandémie, nous réinventons également la façon dont Montfort prodigue des soins. Et pour continuer à le faire, nous avons besoin que notre communauté soit là pour nous comme nous sommes là pour elle — en restant en sécurité à la maison.

Si chacun fait sa part, je suis convaincue que très bientôt, nous reviendrons sur nos expériences et serons étonnés de tout ce que nous avons appris et conquis. Nous en sortirons tous plus forts et plus sages, et nous saurons dans nos cœurs qu'ensemble, nous avons marqué l'histoire.

Si vous avez déjà contribué au fonds d'urgence COVID-19 de Montfort, nous vous en sommes profondément reconnaissants. Sinon, vous pouvez toujours faire un don pour appuyer nos travailleurs de première ligne. Facilement accessible par le personnel de l'hôpital, ce fonds permet à Montfort de répondre efficacement aux besoins liés au coronavirus qui surviennent au fur et à mesure que la situation évolue.

Notre objectif est de vous transporter sur nos lignes de front chaque semaine. N’hésitez pas à consulter notre site web régulièrement pour lire d'autres témoignages provenant des anges gardiens dévoués de Montfort.